Musée de la Question
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Ines Cox
28.02.2026–O2.05.2026
Musée de la Question
Ines Cox
28.02.2026–O2.05.2026
(FR)
« Je suis une amatrice et je tiens à le rester. » Clarice Lispector
« Oh virtuoses faciles, allez-tous au diable. » Ian Hamilton Finlay
Ines Cox est une artiste belge qui vit et travaille au Centre de la Paresse et enseigne à la Royal Academy of Fine Arts d’Anvers. Elle construit, écrit, tente, trouve, parle, pense et doute, le plus souvent à Anlezy (Nièvre, France), et parfois ailleurs. Avec Musée de la Question, sa seconde exposition personnelle, elle réunit des œuvres collaboratives suscitées par son déménagement de la Belgique à la France. Un des acteurs principaux de ces travaux est la figure immature de la chenille : une créature adolescente de l’entre-deux qui se métamorphose en se nourrissant avec voracité, et qui apprend par cela deux ou trois choses sur elle-même et son environnement. En se développant, la chenille change de peau de nombreuses fois alors que ses petits yeux qui détectent l’ombre et la lumière ne parviennent pas à former des images. Elle possède de puissantes mandibules et des pattes abdominales équipées de ventouses pour s’accrocher et danser comme une vague. Beaucoup de ses espèces usent du camouflage pour se dissimuler alors que d’autres affichent des couleurs voyantes pour signifier leur toxicité. On pense bien la connaître mais mieux vaut l’admirer en gardant ses distances. Le travail d’Ines Cox est aussi plein d’allusions et de références familières. Il développe une tendance obsessionnelle à l’essai et au ratage. Il cultive un mélange de subtilité et de légèreté fantasque. On peut se voir dans ses pièces qui vous attrapent alors que vous tentez de vous emparer de leurs inventions ingénieuses.
Le Musée de la Question est le jardin fertile d’Ines Cox. Pour certains de ses travaux, des membres de la famille et des étudiants, dont certains sont homonymes, ont été invités à l’assister pour penser comme une chenille. Ils ont dupliqué, copié, dévoré, imité. C’est ainsi qu’on apprend à s’exprimer. C’est ainsi qu’on apprend à s’envoler. Tout un chacun déploie ses ailes dans l’univers d’Ines Cox : un cabinet de curiosités très personnel qui peut à juste titre constituer la collection d’un musée. Un musée compris comme une expérience immersive mais aussi comme un lieu visant à construire pour le futur en reliant sensibilité immédiate et conscience historique. Il ne s’agit pas là d’un projet si léger. La sagesse universelle et le bonheur se trouvent dans l’hyper-spécifique. Si vous comprenez cela, vous comprenez tout le reste. Ines Cox agit plus ici avec volonté de médiation qu’avec autorité. En esquissant un monde ouvert, drôle et romantique, mais aussi sincère et affuté, elle consacre du temps aux problèmes plutôt que de tenter d’en finir avec eux. En zoomant et dézoomant avec une attention au détail, elle raconte des histoires en considérant la mémoire selon différents angles. L’attachement aux choses et à leur transformation. Le besoin d’aller plus loin que l’imagination débridée dans la rencontre et l’éveil à la vie ordinaire. Le rejet de la pensée hiérarchique et des systèmes d’idées figées. La volonté de raconter avec ouverture, sensibilité et une certaine spécificité des relations à son environnement. L’intérêt pour les cassures, les ruptures et l’imprévisibilité de notre espace de relations. Une approche intuitive, sensible, de l’évolution dans notre monde déréglé.
Malgré l’apparente généralité conceptuelle du Musée de la Question, il n’est pas question ici de grandeur. Il n’est sans doute pas possible de voir et de comprendre quoi que ce soit de son commencement à sa fin et cette exposition demande une certaine lenteur, une porosité de la perception. On erre au travers de la carte mentale des points de vue d’Inès Cox, avec d’innombrables centres dans lesquels elle ne se révèle que dans la texture artisanale de ses diverses créations. Son rhizome de questions définit un lieu et un genre de pensée dans lesquels nous pouvons passer du temps à chercher, à errer, à dériver entre des états et des événements soudains de la conscience. Toute une poétique de la structure et de la composition. En autorisant des mots, des gestes et des concepts à occuper l’espace avec une telle intimité, l’exposition devient moins une œuvre de mémoire qu’une invitation à penser de biais. Peut-être que la façon la plus appropriée d’aborder ce travail est de passer du temps avec son ambiguïté et son énergie, non pas pour y trouver des réponses mais pour faire une place à sa fraîcheur. « Nous buvons ensemble, mais nous pissons seuls. »
Jan Matthé, Kransen, Anvers, 22.02.2026.
Ines Cox (BE) vit, travaille, pense, doute, essaie, enseigne, trouve, parle, construit et écrit — principalement au Centre de la paresse d’Anlezy (FR), et souvent ailleurs.
(EN)
“I’m an amateur and insist on staying that way.” Clarice Lispector
“Oh shoddy virtuosos—you all are going to hell.” Ian Hamilton Finlay
Ines Cox is a Belgian artist who lives and works in the Centre de la Paresse and teaches at the Royal Academy of Fine Arts in Antwerp. She builds, writes, tries, finds, talks, thinks and doubts, mostly in Anlezy, and often somewhere else. In Musée de la Question, her second solo exhibition, she gathers personal and collaborative pieces prompted by her move from B to F. One of the main protagonists in these works is the immature figure of the caterpillar, an inbetweenish adolescent creature that metamorphoses by voraciously feeding itself and, in doing so, grows and learns a thing or two about its surroundings and itself. The caterpillar sheds its skin multiple times as it develops and possesses tiny eyes that detect light and dark but cannot form images. It has strong jaws and abdominal legs equipped with hooks, to hang onto things and dance like a wave. Many varieties use camouflage to hide, while others use bright colours to indicate toxicity. You think you know them, but it’s best to admire them from a distance. Ines Cox’s work is also dense with familiar-looking allusions and references, displaying an obsessive dedication to trying and failing, both silly and subtle. You see yourself in these works and wish to steal her clever tricks as they grab you.
The Musée de la Question is Cox’s fruitful ground. For part of its works, family members and students, some of them namesakes, were invited to assist her in thinking like a caterpillar. Duplicating, copying, devouring, mimicking—it’s how you learn to speak; it’s how you learn to fly. Everyone grows wings in her universe, a cabinet of hyper-personal wonders that now rightfully belong to the collection of a museum. The museum as an immersive experience, but also as a place that aims to build a continual collection towards a future—one that bridges historical consciousness with immediate feels. Don’t think of it as just a makeshift project. Universal wisdom and happiness are found in the hyper-specific. If you get to the bottom of that, you get to the bottom of everything else. Ines Cox is more mediator than master, spending time with the issues at hand instead of trying to control them, sketching an open-ended world that’s romantic and fun but also sincere and sharp. Storytelling by way of looking at memories from different angles, zooming in and out with a discerning eye for detail. Deviation and devotion, with a need for little more than the products of her own playful imagination to captivate and give wings to ordinary life, rejecting hierarchical thinking and fixed ideas or systems along the way, instead countering them with openness, sensitivity, and peculiar ways of being in contact with her surroundings. In touch with the cracks, the ruptures and the unpredictable ground of relation. An intuitive, feeling-based approach to navigating a mad world.
Despite the apparent conceptual fullness of the Musée de la Question, there is no grandeur surrounding the contents in the room. It seems perhaps not possible to see and understand everything from start to finish, but this is an exhibition that rewards slow, porous attention. One wanders through a mind map of Cox’s viewpoints, with countless centres, where its creator is only revealed in the craftful texture of her various creations. Her rhizome of question marks is a place and way of thinking where we can lose time searching, in which we can wander, drifting between stasis and sudden realization. A poetics of structure and composition. By allowing her words, gestures and concepts to occupy the space with such intimacy, the exhibition becomes less a monument than an invitation to think laterally. Perhaps the most fitting way to approach these works: by spending time with their ambiguity and their energy, to not seek answers in them but take home some of their spirit of friskiness. “We drink together, but pee alone.”
Jan Matthé, Kransen, Antwerp, 22.2.2026
Ines Cox (BE) lives, works, thinks, doubts, tries, teaches, finds, talks, builds, and writes — mostly in Anlezy (FR), and often somewhere else.
Poster Ines Cox, type design by Manda Zandangarav.
Le website d’Ines Cox
Le website du Centre de la paresse